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Ne pas être et être

Je vous partage ce texte, issu du blog de François Malespine, que j'ai trouvé très inspirant.

 

 

« Tu dois l’aimer en tant qu’il est un non-Dieu, un non-intellect, une non-personne, une non-image.
Plus encore : en tant qu’il est un Un, pur, clair, limpide, séparé de toute dualité.
Et dans cet Un nous devons éternellement nous abîmer du quelque chose au néant. »
Maître Eckhart : Œuvres, Gallimard 1987

Un chemin n’est pas un ensemble de pensées, mais bien un appel intérieur. S’abîmer du quelque chose au néant n’est pas un effet de style. Alors au-delà de l’intérêt que nous portons à de telles déclarations, que ressentons-nous au plus profond ?

Il y a forcément une part de nous qui refuse ce genre de proposition. Pendant longtemps nous vivons cette dichotomie comme étant simplement « ne pas savoir vraiment ce que nous voulons » ; et cela pour la simple raison que pendant longtemps nous réfléchissons et voyons exclusivement à l’intérieur et à partir du « moi ». Si, par moment, « moi » se ressent comme le problème dans sa forme actuelle, il rêve d’un « moi » qui pourrait être la solution dans une autre forme. D’où l’impossibilité dans laquelle nous sommes de voir ce que recouvre cette parole « s’abîmer du quelque chose au néant », même si, par ailleurs, notre mental est tout à fait capable de trouver la phrase intéressante, voire de la répéter à loisir.

Il en est de même pour la première affirmation :

« Tu dois l’aimer en tant qu’il est un non-Dieu, un non-intellect, une non-personne, une non-image.
Plus encore : en tant qu’il est un Un, pur, clair, limpide, séparé de toute dualité.

La compréhension intellectuelle ne nous ouvrira jamais la porte. Mais si, par grâce et désir de la profondeur à retourner en sa source, il nous est donné d’entrevoir, de recevoir un début de vision et de saveur de la vacuité de l’Être, de la nature de la Conscience en son Origine, alors, selon que l’ego s’approprie ou non cette vue, les voiles qui la recouvrent sont mis en contraste sur fond de vacuité.

S’abîmer du quelque chose au néant concerne cette part en laquelle nous avons notre identité, et qui se plaint constamment de son sort. La contradiction nous saute aux yeux : nous ne voulons pas toucher à cette part que le mot « moi » résume tout entier, et nous passons une vie à refuser le constat abrupt : la nature intrinsèque de cette part que nous ne voulons pas quitter est souffrance…et cette souffrance est celle que « moi/je » vit, autant que celle que « moi/je » répand… elle est la source du monde que nous connaissons.

L’ego n’est certes pas à tuer. Mais tenir compte de notre réalité, de notre vie à partir d’une conscience identifiée en laquelle nous trouvons notre identité ne peut pas se résumer à lui remettre les clés de la conscience et à prendre ses dires pour argent comptant.

Être et laisser être ce qui est sans l’être, afin de ne pas être le jouet de ce qui nous passe par la tête, c’est juste faire un pas vers l’humain, vers l’au-delà d’un moi non nié, mais destitué de tout pouvoir autocratique.

François Malespine

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